Issu de la dernière réorganisation gouvernementale, le ministère de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, conduit par Aboubacar Camara, s’affirme progressivement comme l’un des piliers de la transformation des politiques publiques en Guinée. Accès à l’eau potable, assainissement urbain, gestion des hydrocarbures et transition énergétique : à l’heure du premier bilan, le département met en avant des réformes structurelles, des investissements d’envergure et une gouvernance orientée vers les résultats.
Une réforme institutionnelle pour une gouvernance plus cohérente
Parmi les décisions majeures figure la restructuration du secteur de l’énergie, avec le regroupement de l’eau, de l’assainissement et des hydrocarbures au sein d’un même département. Une option stratégique longtemps préconisée par les partenaires techniques et financiers, visant à renforcer la cohérence des politiques publiques dans des secteurs étroitement liés à la santé publique, à l’environnement et au développement humain.
« Depuis plus d’une décennie, notamment dans les secteurs de l’eau et de l’assainissement, les partenaires techniques et financiers ont recommandé une gouvernance unifiée. La vision stratégique du Chef de l’État permet aujourd’hui de donner un nouveau souffle à ces secteurs », a expliqué le ministre Aboubacar Camara sur les antennes de la RTG.
Cette réforme a permis de poser les bases d’une nouvelle architecture institutionnelle de l’assainissement, longtemps fragmentée, et d’aboutir à la validation d’un cadre juridique spécifique désormais opérationnel.
Assainissement : un changement de paradigme à Conakry
Face à l’insalubrité persistante de la capitale, le ministère a engagé une réforme en profondeur du secteur. Un audit global a révélé de lourds dysfonctionnements : faiblesse du financement, manque de professionnalisation des PME de collecte, défaillances opérationnelles et déficit de gouvernance locale.
Pour y remédier, plusieurs mesures structurantes ont été engagées, notamment la réorganisation des PME d’assainissement selon leurs capacités réelles, la mise en service des stations de traitement des boues de vidange de Sonfonia et de Yimbaya, la dotation des régions en engins de collecte afin d’étendre l’assainissement au-delà de Conakry, ainsi que l’installation de systèmes GPS sur les camions pour contrôler les rotations et limiter les abus.
À cela s’ajoutent l’élaboration du Code de l’assainissement, la mise en place de contrats de performance impliquant autorités locales, ANASP et communautés, le renforcement de la gouvernance citoyenne par la sensibilisation et la répression de l’incivisme, ainsi que l’actualisation du Code de l’eau, dont la dernière version remontait à 2010.
Un nouveau mécanisme de financement dès 2026
Autre réforme phare : la refonte du financement de l’assainissement. À Conakry, moins de 25 % des ménages sont abonnés aux services de collecte, alors que la ville génère près de 3 000 tonnes de déchets par jour. Pour garantir la viabilité du système, l’État a décidé d’intégrer les frais d’assainissement dans les factures d’électricité, d’eau et dans la Contribution Foncière Unique (CFU), à partir de janvier 2026.
« Cette mesure permettra d’élargir l’assiette de financement, de réduire la charge mensuelle des ménages – estimée entre 15 000 et 20 000 GNF contre 60 000 à 150 000 GNF auparavant – et de mettre fin au système d’abonnement direct aux PME », a précisé le ministre.
Selon Aboubacar Camara, l’ancien modèle, marqué par un faible taux de pénétration et une forte fraude à l’eau et à l’électricité, ne pouvait garantir une croissance durable du secteur.
Délocalisation de la décharge de la Minière
Autre chantier emblématique : la délocalisation de la décharge de la Minière vers Baritôdé, dans la préfecture de Kindia. Le projet, financé à hauteur de 70 millions d’euros par l’Union européenne et l’Agence française de développement (AFD), s’inscrit dans une vision de long terme.
Les études d’impact environnemental, prévues sur 50 ans, ont été confiées au cabinet Artelia afin d’éviter les erreurs du passé. « La décharge de la Minière sera entièrement délocalisée. À terme, cette zone pourrait devenir l’un des sites les plus attractifs de la capitale », a assuré le ministre.
Eau potable : des investissements historiques
Sur le volet hydraulique, le ministère se félicite du bouclage du quatrième Projet Eau, d’un montant global de 648 millions d’euros. Pour la première fois, l’eau potable et l’assainissement sont intégrés dans un même programme structurant.
Ce projet permettra d’accroître significativement la capacité de production, notamment à Conakry où le déficit est estimé à plus de 200 000 m³ par jour. Par ailleurs, onze villes ont bénéficié de la réhabilitation de leurs stations, tandis que Fria, Beyla et Koubia disposeront d’adductions d’eau gérées par la Société des eaux de Guinée (SEG), avec l’appui financier de la BIDC.
En milieu rural, le SNAPE a réalisé 648 points d’eau en 2025, au profit de près de 300 000 personnes, dans un souci d’équité territoriale.
Vers un nouveau modèle de financement de l’eau
Le ministre a également annoncé l’introduction d’un mécanisme innovant de financement du secteur de l’eau, en collaboration avec les banques locales. Objectif : impliquer davantage le système bancaire national dans les investissements sociaux à fort impact.
Pour Aboubacar Camara, la santé du système bancaire est indissociable de celle des populations, rappelant que l’insalubrité et l’eau impropre figurent parmi les principales causes de consultation médicale en Guinée.
Gestion des marchés et valorisation des déchets
Le ministère prévoit par ailleurs de lancer un appel d’offres pour professionnaliser la gestion de l’assainissement des marchés, qui génèrent à eux seuls près de 46 % des déchets urbains. La valorisation des déchets biodégradables, qui représentent 95 % des volumes produits, pourrait ouvrir la voie à des filières de transformation créatrices de valeur et d’emplois.
Eau rurale et énergie : des choix durables
En zone rurale, les forages manuels seront progressivement remplacés par des adductions d’eau potable (AEP) intégrant l’énergie solaire et l’évolution démographique. Une orientation destinée à garantir la durabilité des infrastructures.
Dans le secteur des hydrocarbures, la mise en service de l’usine de fabrication et de requalification de bouteilles de gaz à Konta (Forécariah), d’une capacité d’un million de bouteilles par an, marque une avancée majeure. Elle contribue à la réduction de la déforestation, à la promotion du gaz domestique et à la création d’emplois. Les importations de gaz sont ainsi passées de 6 719 tonnes à près de 8 000 tonnes en un an.
Des résultats encourageants
Selon les données du ministère, les tonnages d’ordures collectées ont augmenté, les travaux communaux se sont intensifiés et l’implication des collectivités locales s’est renforcée. Autant de signaux que le ministre juge encourageants.
Pour Aboubacar Camara, l’accès à l’eau potable, la salubrité urbaine et la transition énergétique constituent bien plus que des enjeux techniques ou financiers. Ils représentent un levier fondamental de citoyenneté et un indicateur clé du niveau de développement d’une nation.
En structurant durablement ces secteurs stratégiques, l’État guinéen entend poser les bases d’un modèle de développement fondé sur la rigueur, la responsabilité collective et l’exigence de résultats, conclut le ministre.
Webguinee.info 624 19 83 24 source africaguinee.com
