Home À LA UNE Décès d’Elhadj Mamadou Sylla : son premier fils Mohamed Lamine Sylla lui...

Décès d’Elhadj Mamadou Sylla : son premier fils Mohamed Lamine Sylla lui rend hommage 

 

Papa ;Merci pour ce respect.

Je te pardonne et je sais que tu es fier d’avoir laissé sur terre une lignée pour la continuité de tes actions. Nous avons tous ce devoir envers ta mémoire. Nous nous croyons en congé depuis jeudi car personne n’a été rappelé à l’ordre ; c’était aussi toi qui, chaque soir, rendais compte à tous de tes journées et attendais de nous des rapports sur les missions confiées. Parfois, par oubli, on se mêlait d’autres tâches pour ne pas te dire qu’on n’avait pas fait ce que tu avais demandé. Tu es irremplaçable, le meilleur de nous tous, car tu savais aussi bien pardonner que sanctionner quand c’était nécessaire, et rester ordinaire même si cela te coûtait un retard dans l’évolution pour garder l’équilibre du respect imposé.

Tu as semé la grandeur durant ta vie sur terre ; tu as donné à tous la leçon qu’il faut vivre, certes, mais vivre bien. Depuis ta disparition, tu récoltes les honneurs, toi qui pouvais sacrifier même un enfant s’il le fallait. Tu n’as jamais pris de vacances, à ce que je sache, car même à l’hôpital, tu trouvais un téléphone pour communiquer avec tes amis et leur dire de ne pas m’informer que tu avais appelé, afin de faire croire que tu te reposais. Enfin, je suis rassuré que si tu es parti, c’est que le moment du repos est venu. Dors, géant, et je te prie de bien vouloir veiller sur nous.

Tu t’étais fixé pour objectif d’être au sommet de tout, et tu l’as démontré sur terre. Je n’ai aucun doute, avec l’aide d’Allah, que tu seras au plus haut, Insh’Allah, du Firdaws. Je tâcherai, avec mes frères, mes sœurs et nos mères, d’être digne de la responsabilité qui nous revient désormais. Il ne s’agit pas de faire mieux, car tu as mis la barre très haute, mais de maintenir cet héritage immatériel qui est inestimable.

Mes remerciements au Gouvernement, avec à sa tête le Chef de l’État, à la région de Boké, à ma famille, mes amis, mes proches et à tous ceux qui n’ont ménagé aucun effort depuis l’annonce jusqu’à ta dernière demeure.

Enfin, merci d’avoir fait mieux que grand-père. Merci d’avoir attendu mon fils qui porte ton prénom ; tu es parti jour pour jour trois mois après sa naissance. Tes petites-filles, qui avaient planifié avec toi un concours de miss pour que tu choisisses l’une d’entre elles comme « chérie », te pleureront. Au fil du temps, occupés par nos problèmes, tes enfants ont laissé la place à tes petits-enfants lors des dîners avec lesquels tu partageais ton frigo, les poulets du restaurant Morgan, les pizzas, et j’en passe.
Ce qui n’a pas été dit, c’est l’attachement de cet homme pour cette génération : tu te souciais de leur avenir, de leur santé et de leur orientation. Tu te mêlais de tout pour t’assurer d’un sans-faute face à la responsabilité qui était la tienne.

Papa, je t’en ai voulu car tu ne m’as pas laissé le choix pour ma propre vie. Très tôt, tu me forgeais à ta manière, comme tous tes enfants d’ailleurs, et j’ai eu le privilège de t’accompagner à toutes tes réunions. Très jeune, j’ai eu la lourde responsabilité de faire le choix entre deux frères pour participer à un gouvernement, ou d’assister à des réunions avec les plus hautes instances de l’appareil de notre État et d’ailleurs. Adolescent porteur de sac, je me souviens que je devais apporter la mallette à ta demande et la porter là où il fallait. Coursier, dès le collège, je déposais des courriers dans les bureaux de main à main, afin que tu m’apprennes comment fonctionnaient tes affaires.

Tu organisais les sessions de conseil d’administration les week-ends ou durant mes vacances pour que je puisse y participer ; j’émargeais même ma prime de session avant ma majorité. Cette grande école se ferme aujourd’hui entre toi et moi, mon ami, toi qui me rendais compte chaque soir, parfois pour tester ma réaction et savoir si j’étais prêt dans ma tête à travers mes réponses.
Récemment, j’ai pu constater que j’étais devenu pour toi cette figure qui devait te pousser à t’améliorer et à avoir d’autres perspectives sur certaines positions, car je m’opposais à tout et cela t’agaçait . Sur le coup, tu refusais d’admettre que je ne te suivais pas, mais tu respectais la confrontation d’idées. Dans l’action, je me retrouvais en constatant que ta position avait changé. Sans dire pourquoi, je respectais cela aussi car c’était toi : le chef a toujours raison.

Mon chef, en contrôlant mes affaires personnelles, tu savais t’immiscer sans être invité dans mes appels avec mes collaborateurs ou dans les retours de ma mère. Avec elle, tu gardais jalousement le secret de faire semblant de ne rien savoir, car je lui disais tout en lui demandant : « Ne dis rien à papa ». Ta force était de faire un « come-back » à ta manière pour me guider et me conseiller sur le chemin à prendre ou à laisser. Je me demandais alors : « Comment a-t-il su ça ? ». Fier d’avoir réalisé une prédiction, tu me regardais en me disant : « Je suis ton père ! ». Tellement je te faisais confiance, je ne pouvais pas imaginer que ma mère me trahirait en partageant un secret ; c’est après que j’ai su que c’était votre petit jeu et cela nous amusait tous. Malgré les divergences, à travers ce canal de communication, nous étions au courant de nos mouvements respectifs.
Tu peux rester digne car, sur cette terre après Dieu, tu es la personne que je vénère le plus. Je garderai soigneusement cette place pour qu’à nos retrouvailles, nous puissions reprendre là où nous nous sommes laissés. En attendant, je te prie de bien vouloir m’écouter encore dans mes prières, quand je te ferai le rapport de ce que je vis et ferai à l’avenir. C’est l’heure pour moi d’être fidèle à ce devoir que tu as accompli jusqu’à la veille de ton départ.

Ceci est résumé de notre amitié et complicité, pour te célébrer, je partagerais à tous l’ingrédient, les coulisses, tes réactions et tes pensées, rêves et projets inachevés insh Allah.

Dort vieux, ce matin je sais que tu es encore au lit.

 

Exit mobile version