À la suite de l’installation des nouveaux exécutifs communaux, Mohamed Lamine Sylla, ancien premier vice-maire de la commune de Dixinn, a adressé un message de félicitations et de conseils aux maires fraîchement élus à travers le pays. Saluant l’arrivée d’une nouvelle génération à la tête des collectivités locales, il les invite à privilégier l’intérêt général, la transparence et la cohésion dans la gestion des communes.
Dans sa déclaration, Mohamed Lamine Sylla se réjouit de voir de nombreux jeunes accéder aux responsabilités municipales. Il salue également les autorités nationales, notamment le Président de la République et le Gouvernement, pour l’organisation du scrutin ayant permis le renouvellement des conseils communaux. Ci-dessous le message
Messieurs les Maires,
Une très grande joie et une grande fierté de voir autant de jeunes engagés et élus pour diriger les communes de notre chère Guinée.
D’abord je tiens saluer l’effort du gouvernement et du chef de l’état pour l’organisation de ce scrutin.
Il y a de cela 11 ans que nous avons choisi ce pari, fou pour certains, audacieux pour d’autres, mais incertain pour nous, car sachant que, très jeunes, s’inviter dans le milieu des grands — pardon, des vieux pour qui seule cette génération était privilégiée pour cette responsabilité — était un défi.
Candidater avec le soutien de membres déchus, d’anciens dignitaires des quartiers et districts ou d’exécutifs communaux qui ne décolèrent pas de leur déchéance ou de leur remplacement, c’est trouver pour seul moyen un sang frais pour revenir dans l’arène. Vu les conditions de départ, votre — notre — jeune candidature est vendue pour être celle du changement, du renouveau et surtout de la défense de la cause de la communauté, de nos parents, et enfin des intérêts de la localité.
La preuve en est que l’engouement donné à votre projet est tellement grand que, dans la cité, on ne parle que de vous. Mieux, si vous avez une certaine notoriété, vous battez tous les pronostics au point de faire trembler jusqu’à l’intérieur des salles dorées.
Faux ! Après le passage de la campagne, ce semblant de clin d’œil des grands ou géants politiques d’alors s’estompe, et les choses sérieuses commencent : les jeux d’alliances pour diriger vos communes. Ici, certains, qui se font passer pour des mandataires sérieux afin de changer votre avenir, vous promettent d’être même les vice-présidents de la République. Dans vos familles, vos parents commencent à prendre des dispositions pour changer les plans de votre future maison, parlent de projets de mariage, et d’autres se positionnent pour diriger vos affaires personnelles. Les plus vicieux jurent que les chefs du pays ne parlent que de vous.
En réalité, tout est un canular. Vous, les jeunes, je me dois de vous dire la vérité puisque j’ai vécu cela et que je suis, parmi tant d’autres, l’un des pionniers de ce courage pour briguer les suffrages de mes concitoyens. L’expérience vécue m’oblige à vous livrer des conseils afin de mieux gérer et diriger vos futures communes.
Voici, de façon détaillée, mon guide pour les conseillers et l’exécutif :
Être exemplaire : Ne changez jamais le pourquoi vous avez choisi cette aventure.
Rassembler : Une fois élu, vous n’êtes plus membre d’un clan, mais vous agissez pour la commune dans toute sa diversité.
S’impliquer : En tant que conseiller, vous devez vous intéresser au développement réel de votre commune en attirant les projets. Évitez d’être le blocus pour le développement.
Collaborer (Adjoint au maire) : Suivez de près vos maires en les conseillant et participez au développement des activités de la commune en les obligeant à décentraliser les tâches selon le Code des collectivités.
Représenter : Soyez le représentant, auprès de vos électeurs, non pas de votre parti, mais de toute la population qui vous a élu.
Être proche des quartiers : Ne soyez pas proche seulement du vôtre, mais de tous, ou faites en sorte que chaque groupe ou conseiller soit le parrain d’un quartier.
Être présent : Soyez toujours là pour le meilleur et pour les moments les plus difficiles.
Partager les responsabilités (Les maires) : Associez toujours vos adjoints à la gestion. Confiez à chacun d’eux des tâches ; bien qu’elles soient définies dans le Code, déléguez des missions en votre sein pour vous décharger. Obligez les adjoints à associer les élus aux activités de la commune.
Rendre compte : Rendez compte à vos adjoints et vice versa. Commencez par donner l’exemple.
Pratiquer la transparence dans le conseil : Préparez les sessions à temps et partagez toutes les informations, même les plus difficiles, pour faciliter la compréhension, la communication et la cohésion d’équipe.
S’appuyer sur l’administration : Les services déconcentrés de l’État, du secrétaire général des communes à tous les autres, sont vos plus grands atouts si vous savez les utiliser, ou peuvent être le blocage absolu. Car les intérêts de l’État — institution à laquelle vous appartenez désormais au sein du conseil — doivent primer.
Agir en républicain : Être élu signifie que l’on cesse d’être chef de parti, tête de liste ou président de coalition. Vous dirigez une partie de l’État, vous devez faire jouer cet exercice républicain.
Travailler avec les forces de l’ordre : Les Forces de Défense et de Sécurité (FDS) sont à votre disposition pour les bonnes actions et seront toujours aux côtés des opprimés. Évitez donc d’être des oppresseurs, au risque de vous opposer à elles.
Gérer rigoureusement : Les finances publiques sont à votre disposition si tout ce qui est énuméré ci-dessus est appliqué positivement. À défaut, vous en entendrez parler, et vous passerez votre temps dans vos bureaux à signer des documents qui ne quitteront même pas votre secrétariat.
L’État est et reste la seule force sur toute l’étendue du territoire!
Je plaide pour que vous puissiez ne pas commettre les mêmes erreurs et que vous fassiez mieux que nous pour le bien-être des populations, car la volonté et l’intérêt de l’État sont de faire changer la vie des Guinéens. Pour être respectés, faites respecter l’État dans toute sa globalité : par vous-mêmes, par vos collègues élus et par les populations sous votre juridiction.
Un grand conseil : tout désaccord entraîne la dissolution du conseil, pas seulement celle du maire qui est mauvais (peut-être), mais de tous les élus. Cherchez donc à régler vos problèmes en votre sein !
Wassalam.
Mohamed lamine sylla
Ancien 1er vice maire de la commune de dixinn




