Home À LA UNE Perspectives et défis de la 10ème législature pour une administration parlementaire performante 

Perspectives et défis de la 10ème législature pour une administration parlementaire performante 

 

 » ​DE L’UTILITE ETABLIE DE L’EVALUATION DE PERFORMANCE DES AGENTS DE L’ADMINISTRATION PARLEMENTAIRE À SA FAISABILITE TECHNIQUE. ».

​L’avènement de la première législature de la V^e République ouvre un chantier de refondation institutionnelle majeur.

Au cœur de cette dynamique, la nouvelle Assemblée nationale fait face à des exigences de performance et à des défis d’une complexité sans précédent.

Pour y répondre, l’impératif de bâtir une administration parlementaire moderne, réactive et hautement technique est indiscutable.

C’est ici que surgit une question cruciale, presque obsessionnelle pour les managers publics:

° Faut-il à l’entame de cette Xe legislature procéder à une évaluation globale et immédiate des compétences de l’ensemble des agents et travailleurs de l’administration parlementaire ?

​D’un point de vue purement théorique, l’utilité d’une telle démarche est établie , mais pourrait être confrontée à la rigueur de la science administrative et aux réalités sociopolitiques de notre pays.

Cette velléité se heurte à un mur de complexité, celui de la faisabilité technique et de la stabilité sociale.

C’est l’analyse de ce paradoxe cet éjaculat d’idées et de contraintes que nous nous devons de poser avec lucidité entant que pervers du CERFOP.

■ ​LE PÉCHÉ ORIGINEL DES RECRUTEMENTS CLIENTELISTES DE TOUTES LES ́EGISLATURES PASSÉES.

Existe-t-il immédiatement un imperatif de rupture avec cette Xe législature?

​Il serait intellectuellement malhonnête de nier le diagnostic de départ et d’ailleurs, à l’instar de nombreuses institutions républicaines, l’administration parlementaire guineenne depuis ses premières heures a presque toujours souffert de pratiques de recrutement et de nomination largement biaisées.

Le népotisme, le clientélisme politique et les arrangements discrétionnaires ont trop souvent primé sur les règles universelles du mérite, de la compétence et du profilage technique.

​Le résultat de cette situation connue de tous reste en substance: des services pléthoriques, des inadéquations criardes entre les profils des agents et les postes occupés, et une baisse globale de l’efficacité opérationnelle.

Pour que la nouvelle Assemblée nationale devienne le véritable levier législatif et de contrôle de la Nation, il est indispensable de remettre de l’ordre dans cette architecture.

Il serait très idéal d’assainir les effectifs et professionnaliser l’appareil administratif comme préalable non négociable pour asseoir les fondements d’une administration parlementaire de performance.

L’intention de réformer est donc non seulement légitime mais aussi très salutaire pour la repubkique et particulierement l’assemblee nationale.

■ ​Le mur de la perception et les risques conjoncturels.

​Pourtant, le management des organisations nous enseigne qu’une bonne réforme, appliquée au mauvais moment ou selon une mauvaise méthode, produit invariablement des effets inverses à ceux recherchés.

Dans le contexte sociopolitique actuel, caractérisé par des sensibilités à fleur de peau et des tensions latentes, décréter une évaluation immédiate des compétences est une option explosive.

​Pour la majorité des travailleurs parlementaires, une telle initiative n’est pas perçue comme un outil de modernisation managériale, mais plutôt comme une astuce politique, une stratégie de « chasse aux sorcières » visant à régler des comptes avec des agents jugés indésirables ou issus des anciennes configurations.

Le souvenir d’un passé récent, où une velléité similaire a failli plonger l’institution dans une crise profonde rythmée par des menaces de manifestations et de paralysie, doit appeler à la prudence.

Le risque conjoncturel de contestation, de démoralisation collective et de rupture du dialogue social est trop élevé pour être ignoré.

■ ​Les grands rubicons de la technique ou l’absence des préalables de la GAR.

​Au-delà du climat social, c’est l’argument technique qui porte le coup fatal à l’idée d’une évaluation immédiate.

En sciences de gestion et en management public, l’évaluation des compétences et le redéploiement des cadres ne s’improvisent pas ; ils s’adossent à des instruments rigoureux issus de la Gestion Axée sur les Résultats (GAR).

Or, force est de constater que ces préalables méthodologiques majeurs sont aujourd’hui inexistants au sein de l’administration parlementaire.

​Pour évaluer objectivement un agent, encore faut-il disposer :

– ​D’un cadre organique cohérent, meublé et officiellement validé, définissant l’architecture globale des services.

– ​D’un Plan Stratégique et Opérationnel pour chaque direction, aligné sur la vision globale de l’institution.

– ​De fiches de poste précises décrivant les missions et tâches spécifiques de chaque travailleur.

– ​De contrats d’objectifs annuels, déclinés en jalons semestriels, trimestriels, mensuels et hebdomadaires.

– ​De superviseurs formés et outillés pour mener des évaluations impartiales.

​Évaluer en l’absence de ces repères structurants relèverait de l’arbitraire le plus total.

On ne peut mesurer l’écart de performance d’un agent si les attentes, les objectifs et les moyens de sa mission n’ont jamais été formellement définis.

En somme, les conditions techniques de la GAR ne sont pas remplies, rendant toute tentative d’évaluation scientifiquement biaisée et managérialement stérile.

■ Que faire ? La voie du pragmatisme et de l’expertise.

​Face à ce paradoxe la nécessité absolue d’organiser le travail versus l’impossibilité technique et politique d’évaluer immédiatement , quelle est la voie de sortie ?

​La solution ne réside pas dans le statu quo, ni dans le passage en force mais elle réside dans le pragmatisme méthodologique.

Pour moderniser efficacement l’administration parlementaire sans déclencher de crise, la démarche la plus rationnelle consiste à réactualiser d’urgence le tout dernier diagnostic institutionnel et organisationnel de l’administration parlementaire réalisé par le CERFOP.

​Ce travail d’actualisation flash, qui peut être mené à très court terme par les experts du CERFOP, permettra de poser des balises claires.

Plutôt que d’attaquer frontalement les individus par une évaluation prématurée, ce diagnostic actualisé induira des projets concrets, progressifs et consensuels d’appui à la performance globale de l’administration.

Il s’agira d’abord de construire les outils de la GAR (cadre organique, fiches de poste, contrats d’objectifs) avant d’enclencher, dans un second temps et dans un climat apaisé, une dynamique d’évaluation juste et constructive.

​Pour la V^e République, la performance de son Parlement est à ce prix c’est a dire substituer la rigueur de la méthode scientifique aux élans de la précipitation politique.

Aimé Stéphane MANSARÉ

Sociologue,

Expert-consultant en sciences sociales du développement, @à la une PCA IPCJ-GUINÉE.

Webguinee.info 624 19 83 24

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