La COP17 sur la diversité biologique s’annonce comme un rendez-vous déterminant pour accélérer la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. À Erevan, les États devront faire le point sur les engagements pris depuis la COP15 et surtout définir les moyens de transformer les ambitions internationales en actions concrètes d’ici 2030.
Le premier rapport sur l’état d’avancement des actions nationales en faveur de la biodiversité montre une mobilisation internationale sans précédent. Mais le constat demeure préoccupant : les progrès réalisés restent trop lents et inégaux pour garantir l’atteinte des 23 cibles du Cadre mondial à l’horizon 2030.
Les avancées sont particulièrement visibles dans les domaines traditionnels de la conservation et de l’utilisation durable des ressources naturelles. En revanche, les résultats sont plus limités lorsqu’il s’agit d’agir sur les systèmes économiques et financiers, les pratiques des entreprises, les modes de consommation et les subventions ou autres mécanismes favorisant des activités nuisibles à la nature.
Accélérer après quatre années de préparation
Depuis l’adoption du Cadre mondial à la COP15, les pays ont consacré une grande partie de leurs efforts à la définition de leurs objectifs nationaux, à la mise à jour de leurs stratégies et plans d’action pour la biodiversité, à la mobilisation de l’assistance technique et à la mise en place des mécanismes de financement.
Pour les acteurs du processus, cette phase préparatoire ne doit toutefois pas déterminer la trajectoire des prochaines années. La COP17 doit désormais marquer le passage des engagements à une phase d’accélération de la mise en œuvre.
L’une des propositions mises en avant est la création d’une « Voie d’Erevan », qui permettrait de transformer le bilan mondial en une véritable feuille de route pour les prochaines années.
Le financement, un enjeu majeur
La question financière devrait occuper une place centrale dans les discussions. Le défi ne consiste pas seulement à mobiliser davantage d’argent, mais aussi à réorienter les flux financiers qui continuent de soutenir des activités dommageables pour la nature.
La COP17 devrait ainsi examiner la mobilisation des ressources, les subventions néfastes à l’environnement, la transparence des entreprises et l’alignement des systèmes financiers sur les objectifs de biodiversité.
Un rapprochement entre les ministères de l’Environnement et des Finances est également envisagé, avec notamment un dialogue entre les deux secteurs et une journée consacrée au financement.
Le Fonds de Cali sous pression
Le Fonds de Cali, destiné à partager les avantages liés à l’utilisation des informations de séquençage numérique des ressources génétiques, constitue un autre dossier sensible.
Alors que certaines études estiment que ce mécanisme pourrait mobiliser un milliard de dollars ou plus chaque année, sa capitalisation actuelle demeure extrêmement faible, à seulement 6 000 dollars, selon le briefing.
La COP17 devra donc renforcer sa crédibilité en clarifiant notamment les modalités de contribution, l’allocation des ressources, la gouvernance, la transparence et les avantages accordés aux entreprises participantes.
Les communautés locales au cœur du processus
La participation des peuples autochtones et des communautés locales devrait également être renforcée. La mise en œuvre du nouvel organe subsidiaire consacré à l’article 8(j) vise notamment à assurer une meilleure prise en compte de leurs connaissances traditionnelles et de leur participation directe aux décisions de la Convention sur la diversité biologique. La question est considérée à la fois comme un enjeu de conservation de la biodiversité et de respect des droits humains.
De nombreux autres dossiers sur la table
La COP17 devra également avancer sur plusieurs questions majeures, notamment la connectivité écologique, les espèces exotiques envahissantes, les aires protégées et conservées, la biologie synthétique, l’éducation et l’intégration de la biodiversité dans les politiques publiques.
Les participants chercheront par ailleurs à renforcer les synergies entre les trois Conventions de Rio, notamment à travers une meilleure harmonisation de la planification, du suivi et des mécanismes de rapport.
« Responsabilité, action, accélération et alignement »
Pour Astrid Schomaker, la COP17 doit être une « COP des trois A » : responsabilité, action et accélération, auxquels s’ajoute un quatrième A : alignement.
Une formule qui résume l’enjeu de cette conférence : il ne suffit plus d’identifier les cibles en retard. Il faut désormais agir sur les causes structurelles de la perte de biodiversité et aligner les politiques économiques et financières sur les objectifs de protection de la nature.
À l’approche de 2030, le défi est donc clair : transformer les engagements en résultats mesurables. La COP17 d’Erevan offre ainsi une nouvelle occasion de passer des déclarations aux actions et de donner un nouvel élan à la protection de la biodiversité à l’échelle mondiale.
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