Excellence Monsieur le Président de la République,
Mesdames et Messieurs les membres du CNRD,
Messieurs les Présidents des Institutions Républicaines,
Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement,
Messieurs les ministres Secrétaire General et Directeur de Cabinet de la Présidence de la Republique,
Monsieur le Conseiller du Président en Charge des relations avec les institutions
Républicaines,
Distingués membres du Gouvernement,
Mesdames et Messieurs les honorables conseillers nationaux,
Mesdames et Messieurs les chefs de missions diplomatiques et consulaires,
Mesdames et Messieurs Représentants des
Organisations internationales,
Madame la Gouverneure de la Ville de
Conakry,
Monsieur le Premier Imam de la Grande
Mosquée Fayçal,
Monsieur l’Archevêque de Conakry, Mesdames les facilitatrices du Dialogue inter guinéen,
Mesdames et Messieurs les représentants des partis politiques, des organisations de la Société civile, du secteur privé et des coordinations des sages des régions ; Mesdames et Messieurs, en vos rangs, grades, titres et qualités,
Chers compatriotes,
Excellence Monsieur le Président de la République,
En cette journée mémorable du jeudi 26 juin 2025, je prends la parole avec une solennité nourrie de gratitude et d’humilité, conscient de la profondeur historique de l’instant. Car ce qui se joue ici, dans ce haut lieu de l’État qu’est le Palais Mohammed V, dépasse les discours et les symboles :
c’est un acte fondateur qui s’accomplit, un tournant décisif dans la marche républicaine de notre Nation.
Aujourd’hui, par la volonté d’un peuple, l’engagement d’un leadership éclairé, et la rigueur d’un travail collectif, la République de Guinée se dote d’un projet de
Constitution à la hauteur de ses ambitions, fidèle à son identité, et résolument tourné vers l’avenir.
Avant toute chose, je voudrais, du fond du cœur, en mon nom, au nom de tous les Conseillers Nationaux, et au nom du peuple guinéen, exprimer ma reconnaissance la plus profonde à Votre Excellence.
Car, si cette œuvre collective a pu aboutir, c’est d’abord parce que vous l’avez rendue possible.
Permettez-moi, dans cette même lancée, de rendre grâce au Très-Haut, qui nous a permis, sous votre conduite, Monsieur le Président de la République, de mener à terme une mission à la fois redoutable par sa complexité et exaltante par son importance. Car il faut le reconnaître, toute œuvre constitutionnelle est un pari sur le futur. Et, selon la belle pensée de JeanJacques Rousseau, je cite : « l’homme est libre, mais partout il est enchaîné ».
C’est à la Loi fondamentale qu’il revient d’organiser cette liberté, de l’enraciner dans l’ordre, de la protéger contre l’arbitraire, et de la projeter vers le bien commun.
L’histoire de ce processus trouve sa source dans un moment de bascule nationale, celui du 5 septembre 2021, date à laquelle la Guinée, sous votre impulsion, s’est engagée dans un cheminement de refondation inédit, animé par une volonté de rupture et de dépassement.
Cette volonté, née d’un appel profond du peuple, a trouvé dans la Refondation, un cadre politique, juridique et institutionnel pour repenser notre contrat social.
Dès les premières heures, vous avez affirmé, Excellence, votre vision d’un processus républicain fondé sur un certain nombre de piliers parmi lesquels la participation, l’inclusion, la refondation, la rectification institutionnelle, la vérité et la transparence. C’est sur ces fondations que le Conseil National de la Transition s’est appuyé pour entreprendre cette mission d’élaboration d’une nouvelle Constitution.
Ainsi, dès sa mise en place le 5 février 2022, plutôt que d’écrire dans l’abstraction, nous avons fait le choix d’écouter.
Écouter les voix, les douleurs, les attentes, les rêves. Écouter, non depuis les hauteurs, mais au cœur même des préfectures, des quartiers, des cases, des marchés, des lieux de culte. Ce vaste exercice de consultation populaire, conduit entre février et mars 2022, a permis de capter la parole vivante de la Nation, dans toute sa diversité. Les conclusions tirées de cette tournée ont été consignées dans un rapport circonstancié remis le 25 avril 2022.
Mais la Guinée, au-delà des mots, parle aussi par sa foi. Le Forum interreligieux, organisé en juillet 2022, a rassemblé des guides venus de Guinée et d’ailleurs, pour rappeler que la spiritualité peut être un ciment, que la paix peut se nourrir de transcendance, et que la vérité, pour être entendue, doit parfois s’élever.
D’autres moments ont enrichi cette dynamique : les Assises nationales, qui ont permis aux victimes de l’histoire de poser leurs douleurs sur la table républicaine ;
le Cadre de dialogue inclusif, convoqué à votre initiative, qui a donné à chaque
sensibilité politique,
sociale et institutionnelle, la possibilité de contribuer à l’avenir collectif ; le Symposium sur le constitutionnalisme, qui a permis de porter un regard d’experts sur nos réalités locales avec les meilleures expériences africaines et mondiales.
Et enfin, le Débat d’orientation constitutionnelle – ce vaste parlement de la conscience nationale – qui a permis de recueillir les pensées structurées de nos élites, de nos organisations,
de nos forces sociales. Comme l’écrivait Cicéron, je cite : « L’histoire est la lumière de la vérité ». Fin de citation. Ce processus fut un exercice de mémoire, mais aussi de projection.
À l’issue de ces étapes, une commission ad hoc a été constituée pour donner forme, par le droit, à cette matière vivante. Son travail, conduit avec méthode, rigueur et humilité, a permis la rédaction d’un avant-projet original, enraciné dans notre réalité, dégagé des oripeaux de l’imitation mécanique, libéré des schémas stéréotypés.
Après l’adoption en plénière de l’Avantprojet de nouvelle Constitution, le 25 juillet 2024, le Conseil National de la Transition a organisé une vaste campagne de vulgarisation de ce texte sur l’ensemble du territoire national. Lancée le 07 novembre 2024, ladite campagne a duré trois (3) semaines et a permis aux équipes du CNT, composées des conseillers nationaux et du personnel de l’Administration parlementaire, de sillonner les différentes régions, préfectures, sous préfectures et communes du pays.
Après cette opération et sur votre recommandation, Excellence Monsieur le Président, un Comité d’experts a été mis en place pour la relecture du texte. Ce comité a élaboré un rapport qui a été officiellement remis au Conseil National de la Transition.
L’examen et la validation des amendements apportés à l’Avant-projet de nouvelle Constitution, ont eu lieu au cours d’une Plénière extraordinaire à huis clos, tenue le mercredi 9 avril 2025, à l’issue de laquelle les conseillers nationaux ont adopté, à l’unanimité, le Projet de nouvelle
Constitution.
Après sa remise officielle, le texte fera l’objet d’une campagne de vulgarisation et sera soumis, tel que prévu, au Référendum le 21 septembre 2025. S’ensuivra l’élaboration de lois organiques qui viendra boucler le bloc de constitutionnalité. Plus loin, l’on veillera à l’éducation et à l’enseignement de la constitution pour son appropriation.
Excellence Monsieur le Président,
Ce que nous vous remettons aujourd’hui est bien plus qu’un document juridique. C’est une promesse.
Une promesse faite au nom de la République, par la République, pour la République. Une promesse de justice, de stabilité, de progrès, de dignité. Une promesse qui engage tous les Guinéens, présents et futurs.
Permettez-moi d’en évoquer quelques innovations majeures :
Ø L’obligation de la couverture santé universelle, qui transforme le droit à la santé en devoir de l’État ;
Ø La scolarité rendue obligatoire jusqu’à 17 ans, pour faire reculer les ténèbres de l’ignorance ;
Ø La création d’un Sénat, garant d’un équilibre territorial au sein de la République ;
Ø L’introduction de la candidature indépendante, pour que la démocratie s’ouvre à toutes les énergies citoyennes ;
Ø L’audition obligatoire des cadres avant leur nomination, pour moraliser et crédibiliser la haute administration ;
Ø L’instauration du service civique obligatoire pour tous les jeunes ;
Ø La reconnaissance d’une Commission nationale de développement, levier stratégique pour une Guinée ambitieuse.
Mais au-delà des articles, ce texte consacre un esprit. L’esprit d’un peuple debout, et d’une gouvernance rénovée. L’esprit d’une souveraineté assumée. Cette Constitution est un outil d’équilibre, de régulation, de responsabilité.
À ce stade, je tiens à saluer avec émotion et admiration, votre leadership, Excellence Monsieur le Président de la République.
Ce processus n’aurait pu être mené avec sérénité sans votre présence constante, votre autorité calme, votre respect des institutions. Vous avez su conjuguer exigence et ouverture, fermeté et écoute.
Oui, Excellence, vous avez porté cette Refondation avec constance et discernement.
Vous l’avez accompagnée avec une hauteur de vue rare, vous l’avez protégée sans jamais l’orienter, vous l’avez soutenue sans jamais vous y immiscer.
Le Conseil National de la Transition a travaillé en toute indépendance, et c’est précisément cette liberté d’action, garantie par votre autorité morale, qui a permis la production d’un texte fondamental équilibré,
original et profondément enraciné dans nos valeurs et nos spécificités.
Nous savons, Monsieur le Président, combien il pourrait être tentant pour un Chef d’État de s’ingérer dans l’élaboration d’une Constitution. Mais vous, vous avez préféré la voie de l’exemplarité.
Et à travers ce choix, vous avez rappelé que le leadership véritable n’impose pas, il inspire. Que le pouvoir véritable n’opprime pas, il élève. Et que le chef véritable n’écrit pas l’avenir à la place du peuple.
Votre vision constante, Monsieur le
Président, a été notre boussole ;
votre réserve volontaire, notre espace de responsabilité. À vos côtés, vos plus proches collaborateurs ont agi dans la même philosophie :
celle du respect des institutions, de l’écoute vigilante, du conseil avisé. Qu’il me soit permis ici de leur adresser nos remerciements appuyés. Leur présence discrète, leurs orientations subtiles et leur bienveillance constante ont contribué à apaiser les tensions, à nourrir les réflexions et à encourager les dynamiques.
Je voudrais également saluer avec respect et admiration les membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement.
Leur participation soutenue, leur présence répétée dans nos travaux, leur sens du devoir républicain, ont renforcé la légitimité du processus. Leurs interventions, toujours empreintes de mesure et de hauteur d’esprit, ont permis d’éclairer des choix essentiels. À travers eux, c’est l’engagement du CNRD envers la
République qui s’est exprimé.
Nos remerciements vont aussi au
Gouvernement de la République, ainsi que les acteurs sociaux, économiques et politiques et les citoyens engagés, à chaque étape du dialogue institutionnel, vous avez répondu présent.
Non par formalité, mais par conviction. Mr le
Premier ministre, les membres du Gouvernement, votre passage devant le CNT, empreint de franchise, de lucidité et d’ouverture, a permis d’enrichir la réflexion sur les fondements politiques, sociaux et économiques de la Nation en devenir.
Monsieur le Président de la République,
Permettez-moi d’exprimer ici, avec la plus grande considération, toute ma reconnaissance à mes collègues membres du Conseil National de la Transition.
Que dire de plus, sinon que je suis fier, immensément fier, d’avoir travaillé à leurs côtés. Leur loyauté sans faille, leur patience admirable, leur sagesse dans les moments décisifs, leur capacité à transcender les divergences pour ne jamais perdre de vue l’intérêt supérieur de la Nation…
tout cela mérite non seulement des remerciements, mais des félicitations les plus solennelles.
Chers collègues, si aujourd’hui nous remettons un texte qui honore la Guinée, c’est grâce à vous. Grâce à votre endurance, à votre foi en la mission, à votre compréhension des exigences du moment. Vous avez parfois consenti au silence, souvent à l’effort et à l’intérêt commun. Vous avez été les artisans calmes et lucides de cette œuvre républicaine.
Permettez-moi, dans ce même élan, d’adresser une reconnaissance empreinte de considération et de gratitude à l’ensemble des parties prenantes pour leur implication décisive dans ce processus historique :
les présidents et membres de la Haute Autorité de la Communication, de la Cour Suprême, de la Cour des Comptes, la
Société civile, dans toute sa diversité, les partis politiques, toutes tendances confondues, le monde syndical, la communauté religieuse et universitaire, les chercheurs, les juristes, les historiens,
les philosophes, qui ont mis à disposition leur savoir. Au groupe d’Experts constitué sous la clairvoyance du Président de la République, votre professionnalisme, patriotisme et courage méritent d’être cités en cette date historique.
À tous ces acteurs, à toutes ces forces vives de notre pays, je dis : merci. Votre participation n’a pas été de convenance.
Elle a été réelle, sincère, exigeante.
Et c’est précisément parce que vous avez pris cet exercice au plus grand sérieux que nous pouvons aujourd’hui, collectivement, en être fiers.
Enfin, je rends hommage au peuple de Guinée. Ce peuple que l’on dit parfois résigné, mais qui, lorsqu’on l’écoute, révèle une sagesse millénaire.
Ce peuple qui sait, mieux que quiconque, que « toute lumière vient de l’intérieur », selon la formule de Platon.
Monsieur le Président de la République, Chef de l’Etat, Chef suprême des Armées,
Général Mamadi Doumbouya,
Mon Général,
Veuillez recevoir ce projet de Constitution de la République de Guinée. Ce texte est le fruit du choix réfléchi et consensuel d’un peuple rassemblé, d’un leadership éclairé, et d’un dialogue constant entre les institutions.
Il est l’expression de la volonté populaire, consolidée par la rigueur institutionnelle.
Il est la matrice d’un futur pacifié, le socle d’un État légitime, et le ferment d’une République rénovée.
Cette Constitution prend en compte la volonté de nos concitoyens exprimée lors des différents processus de dialogue inclusif conduit conformément à la volonté ferme du Président de la République de faire du vivre ensemble pacifique le premier pilier de la Refondation. A ces acteurs, religieux, notabilités, syndicats, Société civile, intellectuels, politiques, vous avez rendu possible cette vision du Président de la République sous la conduite de nos braves facilitatrices.
Puisse ce texte, après avoir été soumis au suffrage du peuple, devenir la boussole d’une Guinée moderne, juste, équitable et stable.
Vive la République !
Vive la Refondation,
Vive la Guinée, libre, unie et souveraine !
Je vous remercie.
