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L’Afrique noire encore dans les chaînes spirituelles invisibles des Arabes et des occidentaux  » Nos ancêtres à travers leur esprit sont-ils fiers ou énervés contre les générations actuelles » par Aimé Stéphane Mansaré 

En résumé executif, ​cette tribune que propose aux générations actuelles d’africains noirs et d’afrodescendants dessinés à travers le monde trace une trajectoire analytique et critique de l’histoire du continent africain, articulant trois échelles de temps et de savoir notamlent:
(1)- la profondeur géologique et paléontologique qui établit l’Afrique comme la matrice universelle de l’humanité,
(2)- l’épaisseur historique de dix-huit siècles de servitudes imposées par les traites orientales (arabe) et occidentales (atlantique, coloniale et néo-coloniale), et (3)- la réalité socio-économique contemporaine marquée par le paradoxe de l’extrême richesse matérielle du sous-sol africain face à sa relégation institutionnelle dans la gouvernance mondiale.
J’ai tenté ​ par cette analyse de démontrer comment la capture des imaginaires et la substitution des cosmogonies endogènes par des systèmes normatifs extérieurs constituent le verrou ultime du sous-développement surtout des peuples noirs en Afrique.

Face à cette aliénation multidimensionnelle, ma tribune formalise un impératif de rupture épistémique, spirituelle, économique et politique.

Elle appelle les jeunes générations d’Afrique et de sa diaspora à substituer à la mimésis culturelle et à la dépendance structurelle une souveraineté intégrale, fondée sur le développement endogène, la valorisation sur place des ressources et la réappropriation lucide de la mémoire des ancêtres.

Ainsi, l’Afrique noire, du berceau de l’humanité aux chaînes visibles de l’esclavage arabe et occidental, il ya maintenant une impérieuse nécessité pour les générations actuelles de noirs et d’afrodescendants d’operer une rupture radicale et définitive pour un nouvel ordre mondial normal et equitable.

​INTRODUCTION
~▪︎ En introduction à cette tribune, il faudrait que les generations de noirs d’aujourd’hui sachent que 《 ​Quand les vivants oublient le prix du sang versé, les morts ne dorment plus. Interroger la colère de nos ancêtres ne relève pas d’un culte stérile du ressentiment, mais d’un devoir d’inventaire car, il s’agit de mesurer la distance effroyable qui sépare leur résistance héroïque face aux fers d’hier de notre docilité consentie face aux dogmes qui nous dominent aujourd’hui.》

​Regarder l’Afrique dans la longue durée de l’histoire humaine impose de faire face à un vertige épistémologique.

▪︎ Comment le continent qui a donné naissance à l’espèce humaine, qui a façonné les premières structures de la pensée, du langage, de la métallurgie et de la vie sociale, est-il devenu, au fil des siècles, le réceptacle des plus longues et des plus systématiques entreprises de dépossession de l’histoire universelle ?

Pour moi sociologue doublé d’un Expert-Consultant en Sciences Sociales du Développement, ​cette interrogation ne relève pas d’une simple curiosité académique ; elle touche au cœur de l’existence collective des peuples noirs.

Pendant quatorze siècles sous l’emprise des traites transsahariennes et orientales, puis pendant quatre siècles sous le joug de la traite atlantique, du colonialisme direct et de ses prolongements impérialistes contemporains, l’Afrique subsaharienne a subi une tentative d’effacement de sa souveraineté historique.

​Pourtant, la contrainte physique subie par nos aïeux n’a jamais totalement étouffé leur esprit de résistance.

Le drame de l’Afrique contemporaine ne réside pas dans les chaînes d’hier que nos ancêtres ont combattues au prix de leur vie, mais dans les chaînes invisibles d’aujourd’hui, c’est a dire des chaînes mentales, spirituelles, politiques et économiques que nous acceptons de porter et parfois de défendre avec ferveur.

​Si les manes de nos ancêtres observent le spectacle de notre temps, leur regard ne peut être que teinté d’une sévérité légitime.

Nous ne sommes plus traqués par des razzias ou soumis aux décrets coloniaux sous la menace des fusils ; et pourtant, nous continuons de plier le genou devant les centres de décision étrangers, d’abandonner nos langues et nos représentations du monde, d’exporter nos richesses brutes et de prier dans les langues de ceux qui ont nié notre humanité.

Cette tribune entend poser les jalons d’une rupture nécessaire, pédagogique et intransigeante avec toutes les formes d’impérialisme, d’où qu’elles viennent.

​■- I: LA PERSPECTIVE PALÉONTOLOGIQUE, L’AFRIQUE, ORIGINE INCONTESTABLE ET MATRICE DE L’HUMANITÉ.

​De la vallée de l’Omo aux grottes de Taung, des berges du lac Tchad aux hauteurs du désert du Djurab, la terre africaine garde dans ses entrailles les archives biologiques et culturelles de l’humanité entière.

Chaque fossile mis au jour par les archéologues et les paléontologues constitue un rappel clinique et indiscutable car en fin, c’est debout sur le sol africain que l’Étre humain a fait ses premiers pas dans le monde.

​Pour mesurer l’ampleur de la trajectoire africaine, il convient d’abord de remonter aux sources mêmes de l’espèce humaine.

Les sciences du vivant et la paléontologie contemporaine apportent des preuves irréfutables que « l’Afrique n’est pas une périphérie de l’histoire, elle en est le commencement absolu. »

​Les découvertes paléontologiques majeures accumulées depuis un siècle dessinent un arbre phylogénétique dont toutes les racines profondes sont ancrées dans la terre africaine.

La succession des homininés en Afrique offre une continuité évolutive qu’aucun autre continent ne possède.

La présence de Sahelanthropus tchadensis (Toumaï), daté de près de 7 millions d’années dans le désert du Djurab au Tchad, d’Orrorin tugenensis au Kenya, puis des différentes espèces d’Australopithèques dont la célèbre Australopithecus afarensis (Lucy) en Éthiopie atteste que le processus d’hominisation s’est déroulé sur le sol africain.

​C’est également en Afrique que le genre Homo émerge et franchit les étapes décisives de son développement.

De Homo habilis, premier façonneur d’outils en pierre taillée, à Homo ergaster et Homo erectus, jusqu’à l’émergence d’Homo sapiens il y a plus de 300 000 ans comme le démontrent les vestiges de Jebel Irhoud ou les fossiles d’Omo Kibish et de Herto , toutes les transitions anatomiques, cognitives et culturelles fondamentales ont eu pour théâtre le continent noir.

​Cette antériorité biologique et culturelle confère à l’Afrique un statut unique car, l’humanité entière partage une ascendance africaine.

Dès lors, le racisme systémique, la hiérarchisation des civilisations et l’infériorisation idéologique de l’Homme noir construites au cours des derniers siècles apparaissent non seulement comme des crimes moraux, mais comme des absurdités scientifiques.

Comprendre cette vérité paléontologique constitue le premier acte de libération mentale pour la jeunesse africaine en comprenant que l’Afrique n’a pas à rattraper le monde, elle en a posé les premières fondations.

​■- II : LA PERSPECTIVE HISTORIQUE, L’ANALYSE DES 18 SIÈCLES DE SERVITUDES ET D’ALIÉNATION.

​L’histoire du continent ne saurait être appréhendée de manière hémiplégique ou sélective.

Quatorze siècles de razzias transsahariennes et orientales, suivis de quatre siècles de déportation atlantique, de conquête coloniale puis d’impérialisme économique, ont fonctionné comme les deux lames d’un même ciseau venu sectionner méthodiquement le fil de la souveraineté africaine.

​Si l’Afrique a été le berceau de l’humanité, elle est devenue, par la suite, le théâtre d’un long cycle de déstructuration orchestré par des puissances extérieures.

L’analyse historique objective exige d’examiner avec une égale rigueur les deux grands vecteurs d’agression qui ont traversé le continent:
•D’abord la traite arabo-musulmane d’une part, et
•Ensuite, la traite atlantique suivie du colonialisme occidental d’autre part.

●​La traite arabo-orientale s’est déployée sur plus de quatorze siècles, du VIIIe au XXe siècle.

Elle a entraîné la déportation de millions d’Africains à travers le Sahara, la mer Rouge et l’océan Indien.

Ce système d’exploitation s’est accompagné d’une déstructuration profonde des sociétés locales, de la destruction de royaumes florissants et d’une pratique généralisée de la castration des captifs mâles, visant l’effacement démographique et généalogique des déportés.

Parallèlement, l’expansion religieuse et culturelle arabe a souvent exigé l’abandon des prénoms, des langues, des coutumes et des structures juridiques traditionnelles au profit de normes extérieures.

​À partir du XVe siècle, l’Occident aussi a inauguré la traite transatlantique, érigeant la chosification du Noir en système économique mondial.

Pendant quatre siècles, ce commerce d’êtres humains a saigné à blanc le potentiel démographique et productif de l’Afrique subsaharienne.

Cette phase de déportation massive s’est ensuite cristallisée dans la colonisation directe, formalisée lors de la Conférence de Berlin en 1884-1885, où le continent fut balkanisé et découpé à la règle sans le moindre égard pour les réalités ethniques, linguistiques ou politiques des peuples africains.

​Le colonialisme occidental a ainsi imposé un modèle fondé sur la captation administrative et l’extraction brute des ressources.

Mais sa violence la plus pernicieuse et la plus durable fut d’ordre épistémique et spirituel.

En introduisant des institutions scolaires et des structures religieuses conçues pour nier la valeur des sagesses endogènes, l’occupant a instillé chez le colonisé le doute méthodique envers lui-même.

Les cosmogonies africaines, fondées sur le respect de la nature, le culte des ancêtres et l’harmonie communautaire, ont été qualifiées de « paganisme » ou d’« animisme primitif ».

Ainsi, des générations d’africains ont été amenées à mépriser leurs propres traditions pour embrasser aveuglément les dogmes de leurs oppressants tuteurs.

​■- III: LA PERSPECTIVE DU DÉVELOPPEMENT OU LE PARADOXE DES RESSOURCES ET ASYMÉTRIE GLOBALES.

​Un continent dont le sol et le sous-sol renferment les deux tiers des minerais indispensables à la transition technologique et énergétique mondiale ne peut se résigner à quémander l’aide publique au développement.

La pauvreté matérielle africaine n’est pas une fatalité ni un fait de nature car, c’est une construction géopolitique maintenue par des règles du jeu internationales asymétriques et soutenue par nos propres démissions internes.

​L’héritage de ces siècles de domination se traduit aujourd’hui par une anomalie structurelle majeure en ce sens que: « l’Afrique est le continent le plus riche du monde en ressources naturelles, mais ses populations demeurent parmi les plus démunies sur le plan matériel.

​L’Afrique détient environ un tiers des réserves minérales mondiales, incluant des proportions massives de cobalt, de coltan, de manganèse, de bauxite, d’or, de diamant, d’uranium et de terres rares, indispensables aux industries de pointe et à la transition énergétique globale.

Elle possède en outre plus de 60 % des superficies immenses de terres arables non cultivées de la planète et des bassins hydrographiques majeurs au potentiel énergétique colossal.

​Pourtant, le modèle économique dominant reste d’essence néocoloniale avec une économie d’extraction primaire fondée sur l’exportation de matières premières brutes à faible valeur ajoutée et l’importation de produits manufacturés extrêmement coûteux.

Ce schéma de dépendance perpétue la fuite des capitaux, la détérioration continue des termes de l’échange et une vulnérabilité financière structurelle.

​Cette marginalisation économique se double d’une exclusion politique flagrante au niveau de la gouvernance mondiale.

Bien que l’Afrique compte 54 États membres à l’Organisation des Nations Unies et représente plus de 1,4 milliard d’habitants, elle ne dispose d’aucun siège permanent assorti du droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU.

Les décisions fondamentales qui engagent la paix, la sécurité et l’avenir économique du continent continuent d’être arrêtées dans des capitales étrangères par des puissances qui traitent l’Afrique comme une simple zone d’influence ou le théâtre de leurs rivalités géopolitiques.

​■- IV : SYNTHÈSE PHILOSOPHIQUE OU LE REGARD DES ANCÊTRES ET LE DEVOIR DE SOUVERAINETÉ INTEGRALE.

​Nos ancêtres n’ont pas versé leur sang et bravé la brutalité des fers pour que leurs descendants deviennent aujourd’hui des consommateurs passifs de théologies, de langues et d’idéologies conçues ailleurs.

Être digne de leur mémoire exige d’arrêter de chercher la confirmation de notre valeur humaine dans le regard ou l’approbation de ceux qui nous ont historiquement dominés.

​Face à ce constat, une question fondamentale se pose à la conscience de chaque Africain:
▪︎ Par exemple, que diraient nos ancêtres en voyant l’état actuel du continent ?

Ceux qui ont résisté aux chaînes, qui ont préféré la mort à la soumission, qui ont conservé dans la clandestinité le feu sacré de nos traditions, peuvent-ils être fiers de générations qui abandonnent volontairement leur souveraineté culturelle et intellectuelle ?

​Le grand savant Cheikh Anta Diop a démontré que la libération de l’Afrique passe impérativement par la réappropriation de son histoire profonde et de ses humanités.

Il rappelait que pour les peuples dominés, l’histoire ne doit pas être une simple curiosité académique, mais un véritable instrument de conscience nationale et continentale.

Sans cette armature historique, l’Afrique demeure vulnérable à toutes les formes d’assimilation.

​De son côté, le penseur et l’historien burkinabé Josèphe Ki-Zerbo rappelait la condition sine qua non de tout développement véritable en affirmant qu’on ne développe pas, mais qu’on se développe.

Il mettait en garde le continent que « si nous refusons de penser le monde par nous-mêmes et pour nous-mêmes, nous serons irrémédiablement pensés par les autres et exécutés par les autres. »

Cette réflexion souligne l’urgence de concevoir des modèles politiques, éducatifs et économiques ancrés dans nos réalités sociologiques plutôt que de transposer des modèles institutionnels importés qui génèrent instabilité et aliénation.

​Sur le plan spirituel et sociologique, de nombreux témoignages contemporains à travers le continent expriment la crise d’identité qui traverse la jeunesse.

Un enseignant chercheur d’Afrique de l’Ouest témoignait récemment de ce malaise en soulignant que « des millions de jeunes africains passent leurs journées à prier dans des langues étrangères qu’ils ne maîtrisent pas, en invoquant le salut auprès de figures historiques qui leur sont extérieures, tout en qualifiant le culte de leurs propres aïeux d’hérésie ou de démonologie. »

Cette schizophrénie culturelle constitue un cas unique dans l’histoire des civilisations.

​Cette aliénation religieuse et idéologique constitue le dernier rempart de l’impérialisme.

Tant que les élites et les peuples africains chercheront leur salut spirituel et intellectuel exclusivement dans les centres de pensée de La Mecque, du Vatican ou de l’Occident, la souveraineté politique et économique demeurera une illusion.

Il ne s’agit pas de prôner un reboisement identitaire aveugle ou le rejet de l’autre, mais d’exiger une équivalence de dignité et le droit d’ancrer notre développement sur nos propres valeurs fondatrices.

Enbdepit de tout ce qui précède, la réponse à la question posée par la mémoire de nos ancêtres dépend des choix que nous faisons aujourd’hui.

L’Afrique ne pourra rompre le cycle des servitudes qu’en engageant des réformes de structure profondes, portées par une jeunesse consciente de ses devoirs historiques.

Pour concrétiser cette rupture avec l’impérialisme sous toutes ses formes, quatre axes stratégiques prioritaires doivent être engagés:
●- ​En premier lieu, la refonte des systèmes éducatifs et la décolonisation des esprits doivent devenir la priorité absolue. Il est impératif d’intégrer dans les programmes scolaires et universitaires l’enseignement systématique de l’histoire africaine intégrale, des origines paléontologiques aux résistances anticoloniales, en s’appuyant notamment sur les travaux de l’UNESCO.

Les langues nationales doivent être revalorisées et progressivement introduites comme vecteurs d’instruction scientifique, juridique et administrative.
●- ​En deuxième lieu, la restructuration économique endogène et la transformation locale des ressources s’imposent pour briser le pacte colonial.

L’Afrique doit mettre fin au modèle extractiviste en imposant l’interdiction progressive de l’exportation de ses matières premières à l’état brut, qu’il s’agisse de minerais, de bois ou de produits agricoles.

Cette exigence passe par l’industrialisation locale et le développement dynamique du commerce intra-africain dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAF).

●- ​En troisième lieu, la souveraineté culturelle et spirituelle doit être restaurée par la réhabilitation du patrimoine matériel et immatériel du continent.

La jeunesse africaine doit apprendre à étudier la richesse de nos cosmogonies, de notre pharmacopée traditionnelle et des modes de régulation sociale fondés sur la solidarité et l’équilibre avec la nature.

La spiritualité ne doit plus servir d’outil d’assujettissement géopolitique, mais de levier de dignité retrouvée et d’émancipation collective.
●- ​Enfin, en quatrième lieu, la reconfiguration géopolitique exigera une diplomatie de bloc offensive et unie.

Les États africains doivent porter d’une seule voix l’exigence d’une représentation permanente de l’Afrique au Conseil de sécurité de l’ONU, dotée du droit de veto.

Cette présence affirmée doit s’accompagner du refus strict de toute forme de vassalisation face aux rivalités des blocs hégémoniques mondiaux.

​En accomplissant ces mutations historiques, l’Afrique cessera d’être le théâtre des ambitions étrangères pour redevenir le maître souverain de son propre destin.

C’est à ce prix seulement que nous pourrons regarder l’histoire en face et apaiser définitivement la mémoire de ceux qui nous ont précédés.

Aimé Stéphane MANSARÉ
SOCIOLOGUE,
Expert-Consultant en Sciences Sociales du Développement

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